Nadine Gilles-Richard : “Derraba : une exaltation pour mon pays de Provence”

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Pour la sortie de son livre Derraba, retour à Fontvieille, nous avons rencontré Nadine Gilles-Richard qui nous a expliqué les raisons qui l’ont poussée à écrire cet ouvrage.

nadine-gilles-richardGénéProvence : Mme Gilles-Richard, pouvez-vous vous présenter ?
Nadine Gilles-Richard : Par ma famille, je suis une Provençale de Fontvieille où j’ai vécu toute ma jeunesse. Une formation de géographe, à Aix-en-Provence, m’a certainement donné le goût du voyage, l’envie de découvrir d’autres horizons… et j’ai passé l’essentiel de ma vie en Afrique, dans plusieurs pays, avec mon mari et mes enfants.

GénéProvence : Qu’est-ce qui vous a amené à éprouver le besoin d’écrire un livre sur votre jeunesse à Fontvieille ?
Nadine Gilles-Richard : La nostalgie, peut-être ? Le fait que je revienne aujourd’hui après avoir parcouru les savanes et les forêts africaines ? La crainte de ne pas retrouver mes repères ? Peut-être simplement l’idée de faire revivre des années qui ont été, me semble-t-il, bien plus agréables ou, en tout cas, plus faciles à vivre que celles d’aujourd’hui, pour l’enfant que j’étais.
Mon idée de départ était celle de raconter l’histoire des enfants du village dans les années 1950-1960 et de comparer cette jeunesse au va-vite qui emporte les enfants d’aujourd’hui.
Écrire les souvenirs de l’école primaire, de notre camaraderie, de nos vacances, chanter le bonheur d’un village uni, le prestige du maire, du curé et des instituteurs, du docteur… en espérant que les lecteurs se sentent pris par le cœur et par leurs souvenirs qui ressemblent sûrement aux miens comme deux gouttes d’eau.
Écrire cette vie, c’était réunir des images de mon existence fondues dans le mouvement de la génération du village pour déceler le changement des idées, des mœurs, des choses : le passage du temps vu par un enfant. 
Puis il y avait aussi l’idée de payer les dettes de ma jeunesse, m’acquitter à l’égard de la Provence : j’y suis née, je l’ai quittée, je reviens après avoir dérapé, c’est-à-dire, après avoir pris le large. Quelque part, mes pensées sont toujours restées nichées dans la colline de Fontvieille ou dans mon jardin aimé.
L’arrachement constitue un peu une perte de soi et de son histoire. Éviter le déracinement fatal de l’exil, retrouver des impressions d’enfant et de mon enfance elle-même en l’écrivant. Dans ces souvenirs, j’écris à la première personne mais ce n’est pas vraiment de moi que je parle mais de l’enfant que je ne suis plus. Comme un petit témoin sur une époque disparue.

GénéProvence : On sent dans vos mots une véritable nostalgie pour la vie provençale à cette époque. Aimeriez-vous retourner y vivre ?
Nadine Gilles-Richard : C’est le roman de notre petite enfance que l’on se commémore toujours avec une nostalgie indéfinissable. Au fond, je ne pense pas être nostalgique car je ne regrette rien. J’ai seulement voulu retourner un peu dans le passé, mais avec une petite pelle, pas une grosse. La nostalgie, c’est seulement son enfance et sa jeunesse que l’on regarde avec envie. L’histoire de notre enfance est toujours empreinte de nostalgie et de mélancolie. Je pense avoir dit des choses de ce passé enchanté sans me désoler de la réalité du moment. On ne se souvient que des belles choses, celles qui nous font du bien car il a bien dû y avoir des drames au village… on a la mémoire sélective…
Il faut voir dans ce récit plutôt une exaltation pour mon pays et mon enfance. Sans faux semblants, même si à Fontvieille, tout devient paradis, tout est ferveur, tout est bonté. Comme si le paradis s’était accroché aux branches de pins.

GénéProvence : Quelle est la chose que vous regrettez le plus de ce temps-là ?

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Nadine Gilles-Richard : Je regrette un peu la douce et polie humanité de l’ancien Fontvieille. Avant tout ma jeunesse mais aussi le souvenir de cette vie communautaire. Une vie qui nous tenait à l’écart de l’anonymat ; nous sortions dans nos rues et nos collines où nous avons grandi, connus de tous et de tout, jamais anonymes.
Pour le reste, je ne regrette rien car nous avions trop rêvé de tous ces changements qui s’annonçaient, nous les avions désirés très fort.
Mais il y a des choses que je regrette, certainement : par exemple, les leçons de morale de l’école républicaine, laïque, qui nous apprenaient à respecter l’autre. Et cet enseignement qui développait, peut-être plus qu’aujourd’hui, notre réflexion et notre sagesse.
Le monde a changé aux alentours et après 1968. Nous étions de moins en moins sur des communautés définies, nos villages dans lesquels on pouvait construire toute une vie. On grandissait en humanité et Dieu sait si notre monde a besoin d’humanité.
Mais pas de regret, c’est nous qui avons voulu et œuvré pour tous ces changements, enfin… en partie. 

GénéProvence : Vous redonnez vie à de nombreux personnages d’hier dans votre livre. Pour lequel d’entre eux avez-vous gardé une tendresse particulière ?
Nadine Gilles-Richard : Il ne s’agit pas de femmes et d’hommes illustres, seulement des existences dont la trajectoire a croisé celle des enfants du village. Bien qu’il m’ait toujours un peu effrayée avec sa dégaine de cowboy aviné, c’est l’histoire de Marius qui m’a le plus touchée.
Tout ce que l’on découvre derrière ces petites vies met l’accent sur les invariants de l’humanité et c’est toute une réalité géographique et sociale de la Provence des années 1960 qui ressort. En plus de Marius, il y a Papillon, et les bergers Marius et Prat, dont j’attendais le passage tous les soirs, et même longtemps après, adulte, avec mes enfants. Des êtres humains, avec leur vanité et même leur point d’honneur, c’est peut-être pour ça qu’ils ont leur place dans la légende de l’histoire du village.

GénéProvence : Merci, Mme Gilles-Richard.

Pour plus d’informations sur son livre, cliquez ci-contre : Derraba, retour à Fontvieille, Nadine Gilles-Richard.