Juan Carlos Méndez Guédez : “L’écriture est une rencontre avec l’étonnement”

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© Miguel Lizana, 2015.
© Miguel Lizana, 2015.

En avril dernier, lors d’une résidence d’écriture à Aix-en-Provence, l’écrivain vénézuélien Juan Carlos Méndez Guédez a visité les Baux-de-Provence et les locaux des éditions GénéProvence. À la suite de cette rencontre, un nouveau projet éditorial entre dans notre catalogue : il concerne la vision d’un écrivain étranger sur la Provence. Nous lui avons donc posé quelques questions sur son écriture et l’image qu’il a de la Provence.

GénéProvence : Pour quoi la France comme destination ? Et plus particulièrement la Provence ?
Juan Carlos Méndez Guédez : Le centre culturel Noria m’a invité à faire une résidence d’écriture pendant un mois à Aix-en-Provence. Je n’avais jamais eu ce type d’expérience et pour moi c’est une opportunité exceptionnelle. Je trouve ce format culturel très intéressant puisque l’on doit se consacrer entièrement au processus de création afin de découvrir un endroit et une histoire. D’ailleurs, j’avais eu toujours cette vieille illusion de voyager pour écrire, où je peux lire d’autres textes et de faire une pause de ma vie quotidienne en Espagne. Je suis ravi d’être ici.

GP : Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs qui vous êtes et leur présenter un peu votre parcours d’écrivain ?
JCMG : Je suis né en 1967, je réside en Espagne depuis vingt ans et j’ai obtenu un doctorat de littérature hispanique à l’université de Salamanque. J’ai publié une vingtaine de nouvelles et de romans, dont trois ont été traduits en français et édité à Paris et à Lyon. D’ailleurs, une partie de ces textes a été écrit lors de séjours en France.
Les sujets qui portent mon écriture sont principalement le voyage et le rôle de la mémoire et de l’identité qui y sont liés. Malgré le sens toujours mélancolique ou triste que leur donnent de nombreux écrivains, je prétends célébrer l’acte de la migration et lui trouver un côté festif. J’aime bien aussi mettre en scène des personnages qui se définissent par des liens d’amitié, d’amour et des liens familiaux. Je m’intéresse par exemple beaucoup à la question de l’abandon paternel.

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GP : De nombreux auteurs de la littérature mondiale ont montré que l’écriture est très influencée par le lieu où l’auteur réside et les cultures qui l’entourent. D’ailleurs, la plupart de vos ouvrages sont une rencontre entre deux aires géographiques : l’espagnole et la latino-américaine. Quelle a été votre expérience d’écriture en France ?
JCMG : L’expérience est très singulière parce que, d’abord, il est essentiel de se consacrer à l’écriture et c’est probablement une chose que je ne faisais pas depuis mon adolescence. Ensuite, concrètement à Aix-en-Provence, l’existence des toutes ces fontaines et le lien très étroit de la ville avec l’eau m’ont beaucoup intéressé. Je crois que dans mon imagination ces merveilleuses eaux aixoises se connectent avec celles de rivières vénézuéliennes, le pays d’origine des personnages des Sept Fontaines que j’ai écrit lors de mon séjour ici. En ce sens, je veux finalement transmettre l’idée que l’origine de l’eau est indifférente à sa provenance et qu’elle est une seule ; les personnages de cette histoire vont connaître d’autres formes de beauté dans leurs relations avec l’humidité, avec la vie.
En fait, je considère que l’écriture est surtout une rencontre avec l’étonnement. L’écrivain peut trouver un endroit qu’il ne connaissait guère et lui donner une nouvelle réalité avec le langage et la fiction. C’est justement l’expérience que je suis en train de vivre et à laquelle j’espère rendre hommage avec mon récit.

GP : Quelles images aviez-vous de la Provence avant de venir ?
JCMG : D’abord, je savais que la montagne Sainte-Victoire, celle que l’on trouve dans les peintures de Cézanne, était à Aix-en-Provence. Pour moi c’était une référence visuelle par excellence de la Provence. Par hasard, dans mon dernier roman qui va paraître en janvier 2016 en Espagne aux éditions Siruela, un de mes personnages fait quelques réflexions sur une toile du peintre. Je ne savais pas que quelques mois après avoir fini ce roman, je me trouverais ici… C’est une chance…
Ensuite, une autre idée me venait à l’esprit : cette boisson très réputée à base d’anis… le pastis. Ce voyage m’a permis aussi de découvrir comment cette boisson est ancrée aux habitudes de quelques personnes…

GP : Si vous deviez décrire la ville d’Aix-en-Provence et les Baux-de-Provence en trois mots, quels seraient-ils ?
JCMG : Alors… pour Aix, je dirais : “lumière”, “eau” et “vent”. En fait, hier j’étais en train d’écrire quand soudain j’ai vu comment les verres et les tasses volaient un peu partout à cause du mistral… Je me suis dit : “Après on dit qu’il n’y a qu’en Amérique latine qu’il se passe des choses bizarres et extraordinaires…” [rires]
Pour les Baux, je dirais : “pierre”, “grotte” et “histoire”. J’aime bien l’idée que deux éléments comme l’eau et la pierre, apparemment contradictoires ou éloignés, se conjuguent ici en Provence de très belle manière.

Propos recueillis par Luisa Merchán Cerinza pour GénéProvence.