Floréal Daura : “Raconter les histoires de mon pays de Provence”

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Floréal Daura se définit lui-même comme un peintre poète. Né dans les Alpilles, il vit aujourd’hui à Saint-Rémy-de-Provence et chante la beauté de sa terre au moyen des poèmes qu’il écrit ou des toiles qu’il peint. En juin 2011, il publie un roman aux éditions GénéProvence, Le Vent des baragnes.
Voici un entretien réalisé en sa compagnie.

GénéProvence : M. Daura, pouvez-vous nous parler de vos origines ?

Floréal Daura : Je suis né au pied du castellas d’Aureille, c’est là que je suis venu sur cette terre des Alpilles que je n’ai jamais quittée. J’ai été bercé dans mon enfance par le mistral, les cigales et l’amour de ma grand-mère. Mes parents avaient subi les misères de la guerre et travaillaient dur pour s’en sortir.

GénéProvence : Comment est venue votre vocation ?

Floréal Daura : Moi, je voulais être un peintre poète. Mon père, lui qui était un homme honnête et rigoureux, me disait toujours : « Mon fils, va à l’école. Comme ça, tu ne te saliras pas les mains. Tu n’auras qu’à appuyer sur des boutons.”
Je n’aimais pas cette école. Je voulais être peintre poète.
Je passais mon temps à lire et je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Je me suis promené des Alpilles jusqu’en Camargue, en passant par la Crau, en suivant les bergers et les gardians et en écoutant leur mille histoires.

GénéProvence : C’est sans doute de là que vous est venu la passion des chevaux.

Floréal Daura : Oui, c’est à cette époque que la passion des chevaux m’a pris et ne m’a jamais quitté. J’ai parcouru toute la Provence à cheval. J’ai même traversé la France et j’ai regardé, j’ai écouté.
Je me suis arrêté derrière chaque peintre, les harcelant de questions.
Alors, j’ai commencé à dessiner, à peindre et à écrire. C’est vrai et je m’en rends compte à présent : je ne peux dissocier la peinture et la poésie.

GénéProvence : Vous vous lancez donc dans l’art à ce moment ?

Floréal Daura : À quatorze ans, à la fin de l’année scolaire, je dis à mon père : « Papa, je ne veux plus aller dans cette école. » Bien sûr, il ne fut pas d’accord.
Mais quand je lui ai annoncé que je voulais rentrer à l’école des beaux-arts pour être un artiste, là, ce ne fut pas pareil. Mon père avait de grands pieds, taille quarante-six, je crois. J’ai eu droit à un de ces coups de pied au derrière ! Il m’a dit : « Les peintres, ils meurent tous de faim ! Au travail ! »
Le lendemain matin, à la première heure, j’étais au travail et j’ai appris le métier de plombier-zingueur et j’ai aussi tapé le fer à la forge de notre atelier. C’est vrai que j’avais souvent les mains sales. Mais je sais maintenant que les mains des travailleurs sont toujours propres.
Le travail me plaisait, c’est gratifiant de travailler et cela ne m’empêchait pas d’écrire et de peindre et, dès que j’avais du temps libre, je le passais à côté d’un artiste.

GénéProvence : Vous avez côtoyé de grands noms de la peinture en Provence.

Floréal Daura : Oui, c’est grâce à eux que j’ai eu la chance d’apprendre l’art, des maîtres prestigieux : Louis Jou, Pablo Picasso, Guy Montis, Antoine Serra, etc.
À dix-sept ans, je suis entré chez les compagnons du Tour de France. Malheureusement, c’est à cette époque que j’ai perdu la vision d’un œil.
Ma mère était une excellente cuisinière, alors nous avons créé un restaurant. Là, j’ai rencontré des artistes et j’ai pu commencer à m’exprimer avec mes passions.

GénéProvence : Vous ne vous êtes pas cantonné à la peinture.

Floréal Daura : J’ai aussi eu l’opportunité de faire du théâtre en interprétant un rôle dans Le Bout de la route, de Giono, puis du cinéma dans L’Arlésienne, avec Charles Vanel et une très vieille actrice du muet, Berthe Bovy, puis Les Lettres de mon moulin, Les Gens de Mogador, Le Prince noir, Le Testament d’Orphée, avec Cocteau.
Plus tard, j’ai créé un établissement fantastique, un endroit où tous les artistes pouvaient s’exprimer, les poètes, les peintres, les photographes, les sculpteurs, il y avait même du théâtre, des musiciens jazz et classique. Là aussi, des artistes prestigieux sont venus et se sont représentés chez moi : Count Basie, Ella Fitzgerald. Il y a eu des big bands de plus de quatre-vingt musiciens.

GénéProvence : Et soudain un drame dans votre vie.

Floréal Daura : D’un seul coup, je me suis retrouvé aveugle. La seule question que je me suis posée, c’est : comment pourrai-je peindre et écrire maintenant ?
Alors je ne l’ai pas accepté, j’ai dessiné tous les jours et j’ai écrit. Chaque mot était une épine que je retirais de moi-même. Je n’avais en ce temps-là jamais rien fait lire à personne. Tous mes écrits étaient au fond d’un tiroir.
C’est ma mère qui, un jour, les découvrant, se mit à les lire et c’est elle qui m’encouragea à les montrer et à les réciter.
Donc, j’ai commencé à écrire des aubades pour mes amis, même des poèmes d’amour pour d’autres et des textes sur les chevaux pour des spectacles équestres et, à la demande, je suis devenu conteur.
J’ai toujours un grand plaisir à raconter les histoires de mon pays de Provence.

Pour plus d’informations sur son roman, cliquez ci-dessous :

Le Vent des baragnes, Floréal Daura.