Alexandre Dumont-Castells : “Que le public s’approprie une histoire méconnue et passionnante”

facebooktwitterlinkedin

tour-de-brau-tete

Les Baux et leur vallée
Pour commander, cliquez ici.
GénéProvence : Alexandre Dumont-Castells, vous publiez un ouvrage consacré à l’histoire des seigneurs des Baux. Qu’est-ce qui vous a amené à ce projet ?
Alexandre Dumont-Castells : Effectivement, ce fut au départ un projet. Si les deux premiers ouvrages de la “Série Gentilshommes de Provence” aux éditions GénéProvence présentaient les gentilshommes, les gentilsfemmes et leurs fiefs sur trois communes du canton de Lambesc entre le XVIe et le XIXe siècles, l’intérêt s’est bien vite manifesté de développer cette collection en étudiant les familles des gentilshommes et dames pour le Moyen Âge. Bien que Les Baux-de-Provence et leur vallée aient été étudiés ou relatés quelquefois sous la plume de plusieurs auteurs, érudits ou scientifiques (Destandau, Paulet, Conso, Smyrl, Maufras et Mazel), peu d’ouvrages ont été abordés sous l’angle de la problématique développée dans le cadre de cette nouvelle collection qui place avant tout l’humain et sa famille au cœur de l’histoire locale et régionale.
Comme je le pense, ce sont souvent des inconnus par leur histoire qui ont contribué à la grande histoire. Cette collection permet donc à un large public de découvrir et de redécouvrir ces gentilshommes et ces gentilsfemmes de Provence, en l’occurrence, ici, celles et ceux ayant contribué à l’histoire des Baux et de leur vallée entre le Xe et le XVe siècles, incluant l’illustre famille des Baux dont je puise aussi certaines de mes origines médiévales. Cela a contribué à mon vif intérêt pour le Moyen Âge, pour cette famille et pour ce site d’exception. En toute logique, les Baux au Moyen Âge sont le premier ouvrage développés dans cette nouvelle série car leurs sources sont suffisamment nombreuses pour traiter un sujet intarissable et qui passionnent.


Les Baux sont un des sites les plus connus de Provence. Pourtant, leur histoire est généralement assez mal connue du grand public. Quelle en est la raison à votre avis ?
Effectivement, bénéficiant d’un cadre et d’un patrimoine architectural d’exception, ils sont après Marseille, le site le plus visité de Provence mais aussi le plus connu en Europe notamment pour son histoire moderne associée à celle des princes de Monaco, ce qui suscite un intérêt et une curiosité touristiques. Les Baux font rêver. Si leur histoire est mal connue, c’est probablement dû à deux facteurs. Tout d’abord, cette histoire se redécouvre depuis quelques années par les nombreux et récents travaux de la recherche scientifique ; ces travaux et leurs ouvrages publiés ne sont pas forcément tous destinés et connus d’un large public. Ici, le premier tome des Baux et de leur vallée considère cette optique en plus des travaux d’érudition sourcés judicieusement. Il donne la chance au lectorat de s’approprier cette histoire méconnue et passionnante. Il donne aussi l’occasion de montrer que cette histoire a besoin de s’écrire inéluctablement avec la recherche scientifique. L’encart rédigé dans cet ouvrage par le professeur Hartmann-Virnich et son équipe d’archéologues médiévistes permet de montrer aux lecteurs que, depuis leur laboratoire, des chercheurs (archéologues, historiens, historiens de l’Art…) œuvrent ici à la redécouverte et à la restitution d’un mausolée détruit à la Révolution française et ayant appartenu à des membres de la famille des Baux en l’abbaye de Silvacane (La Roque-d’Anthéron) et ce grâce à l’intérêt de cette thématique manifestée par la directrice de cette abbaye, madame Pauvarel.
saint-vincentAussi, cette histoire des Baux est exhumée grâce à la recherche scientifique ; elle a la chance d’être présentée au grand jour depuis plusieurs années par le biais du musée des Baux (maquettes, etc.). La question est de savoir pourquoi, par le passé, avoir occulté cette histoire locale et ce site architectural prestigieux. Le fait est que dans notre histoire les Baux étaient tabous et dérangeaient parce qu’ils étaient autrefois terre de défi et d’arrogance. Puis, l’histoire de Provence, absorbée, s’est fondue dans celle de France ; ce fut celle-ci qui occulta ce qui devait l’être pour que la culture et l’histoire de France fussent aussi celles des Provençaux. Aussi, ce qui fut le bastion imprenable des seigneurs des Baux, des défenseurs de la noblesse et de la culture provençales médiévales, celui de l’espoir de sa résistance et de son indépendance politiques est bien vite devenu et a été perçu comme celui de la félonie envers les comtes de Provence de sang étranger (des maisons d’Aragon puis d’Anjou) mais ô combien convoité par les monarques étrangers dont le roi de France lui-même.
La famille des Baux incarna tous ces espoirs, nombre de chevaliers provençaux la suivirent au départ dans ses fols desseins mais intrigante par nature, de génération en génération – à quelques exceptions près –, elle finit par poursuivre seule, entourée de quelques fidèles, ses projets les plus audacieux, jusqu’à ce que la branche cadette de la maison de France, les Anjou, les affaiblissent puis que la branche aînée, celle de la couronne de France, en prenne possession définitivement avec Louis XI. Cette forteresse devint bien vite un fardeau. Redoutant les conspirations, ce fut Louis XIII qui finit par en démanteler les ouvrages militaires pour l’anéantir politiquement. Par la suite, Les Baux restèrent un instrument dominé de la politique royale française avec une noblesse provençale domptée. Il fallut attendre la Révolution française pour annihiler complètement ce rocher dépeuplé, encore aristocrate, face à une vallée plus nombreuse, plus populaire, aux communautés plus importantes constituées en municipalités (Paradou, Maussane et Mouriès) et au service de la nouvelle République française. L’histoire des Baux devint par la suite celle de sa vallée…


L’histoire des seigneurs des Baux est riche en événements de toutes sortes avec des personnages souvent hauts en couleur. Au fil de vos recherches, vous êtes-vous attaché à un seigneur en particulier ?
Tout comme de nombreux contemporains et bien que nous descendions du chevalier ambitieux et belliqueux Raymond Ier de Baux (1105-1150), sire des Baux et seigneur de Berre, je me sens beaucoup plus proche d’un cousin de généalogie, seigneur des Baux, celui que je surnomme dans mon ouvrage “l’exception baussenque” : Bertrand II de Baux (1268-1305), seigneur des Baux. Je me suis attaché à ce personnage pour ses traits de caractère que sont la sagesse, la sobriété, le désintérêt, la clairvoyance, la loyauté et la nostalgie manifeste pour son pays (la Provence). Rappelons-le, ce fut en 1277 que le roi Charles d’Anjou lui donna en fief le comté d’Avellino près de Naples, en Italie. Bien que le monarque angevin et comte de Provence se fut attaché la fidélité de ce vassal par des honneurs, il ne put détourner le regard de ce chevalier maintenu loin de sa terre natale… Il y mourut vers 1305.


Que doit-on s’attendre à trouver dans votre ouvrage ?
Principalement, l’étude familiale et généalogique à travers l’histoire locale, régionale et italienne des différents seigneurs majeurs des Baux et de leur vallée qui se sont succédé du Xe au XVe siècles ainsi que des plus modestes et inconnus gentilshommes, mineurs, vassaux ou non, de la vallée et de ses marges. Puis, de nombreuses illustrations, des anecdotes liées à chacun de seigneurs régnants, une analyse des « Cours d’Amours », sur les troubadours et les troubaïris et de nombreux autres documents présentés en Annexes. Enfin, un article au cœur de l’ouvrage résumant les travaux du professeur Hartmann-Virnich et de son équipe (L.A.M.M. – UMR 7298 • Université d’Aix-Marseille • CNRS) sur la restitution du mausolée d’un tombeau appartenant à un membre de la famille des Baux à l’abbaye de Silvacane (La Roque-d’Anthéron) : travaux qui feront l’objet d’un article plus détaillé dans le prochain Bulletin monumental à paraître.


Ce titre n’est que le premier tome d’une série de deux livres consacrés aux Baux. En quoi consistera le second ouvrage ?
C’est exact. Cette série “Gentilshommes de Provence” se poursuivra à travers l’étude des Baux et de leur vallée (pour les XVIe-XIXe siècles) notamment sous la maison des Grimaldi-Monaco, marquis des Baux de 1642 à 1791. La baronnie puis le marquisat des Baux seront étudiés par fiefs et arrières-fiefs à travers les familles des différents détenteurs, puis pour la première partie du XIXe siècle pour leurs principaux propriétaires terriens. Dans l’esprit de cette collection et de ses ouvrages, de nombreuses illustrations dont des blasons (réalisés par Sébastien Avy), des clichés, des portraits, y trouveront naturellement leur place. Il s’agissait ici de présenter deux ouvrages chronologiquement distincts mais se succédant : Moyen Âge puis périodes moderne et contemporaine, relatant la vie de gentilshommes aux Baux et dans leur vallée.