Chris Tabbart : « La Haute-Provence a encore de ces villages perdus au milieu d’un chaos de montagne »

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Pour la sortie de L’Arche des solitudes le 31 octobre 2014, Chris Tabbart a bien voulu répondre à nos questions au cours d’un entretien.
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Vous publiez ces jours-ci un roman intitulé L’Arche des solitudes. Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture de ce livre ?
J’avais envie de raconter l’histoire d’une femme vivant seule hors du monde, hors du temps. Je la voyais s’affairer chaque jours à des tâches indispensable et à d’autres qui l’étaient moins. Le fait de ne faire partie d’aucune société lui permettait de s’organiser comme elle voulait, de passer des heures à parler à son cheval si ça lui chantait, de se raconter l’histoire de ses ancêtres, de penser au reste du monde comme à quelque chose de lointain et d’un peu dangereux. Puis je me suis dit que finalement, si notre société disparaissait, ce serait un être comme elle qui serait à même de survivre, car elle s’est toujours passé de tout, elle sait vivre en satisfaisant juste ses besoins vitaux et en remplissant son âme du spectacle de la nature. Rien d’autre ne lui est indispensable.
C’est peut-être le « bon sauvage » de Rousseau, version XXIe siècle !

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L’histoire de Vincent et Émilie se situe à proximité d’un petit village aujourd’hui en ruine situé dans le Haut-Verdon, Châteauneuf-les-Moustiers. Pourquoi avoir choisi ce lieu précisément ?
Les personnages ne font que traverser ce lieu et il sert « d’illustration » aux ravages des guerres, puisqu’il a été définitivement abandonné après la Première Guerre mondiale, tous les jeunes hommes y habitant étant morts aux combats.
Ce village est un symbole. Vincent le fait traverser à Émilie, lorsqu’il l’emmène dans son jas, pour qu’elle comprenne les raisons de sa fuite. Beaucoup plus tard, Louisa va rôder dans les ruelles abandonnées lorsqu’elle est enfant et touche ainsi du doigt ce que peut produire la folie guerrière des hommes. De plus Louisa, tout comme sa grand-mère Émilie, ressent très fortement certaines ambiances et ce lieu désolé dans lequel flotte encore le souvenir des déchirures vécues par ses habitants, les bouleversent particulièrement.

Sans dévoiler l’intrigue, quel message avez-vous voulu faire passer en écrivant ce livre ?
Je ne cherche pas précisément à faire passer de message. J’écris ce que je ressens dans l’air du temps… Il se trouve que depuis un grand moment, je vois l’humanité se dégrader dans beaucoup de domaine. La nature, bien sûr, est constamment bafouée, méprisée, les humains ne savent que s’en servir, ils prennent et ne rendent jamais rien. La consommation est devenue le maître-mot de notre société et en son nom on fait n’importe quoi. J’ai donc voulu montrer, dans un premier temps, qu’il est possible de vivre différemment, que le bonheur n’a rien à voir avec « l’avoir », et qu’un mode de vie simple, dépouillé peut rendre heureux. Je met aussi beaucoup la nature en avant car, à mon sens, elle apporte une grande plénitude dès lors qu’on sait la regarder.
Ensuite j’ai poussé la folie des hommes à son extrême mais là… il faut lire le livre, sinon je dévoile l’intrigue !

Il y a dans votre œuvre une large part faite à la nature et à la beauté sauvage de la Haute-Provence. Qu’aimez-vous dans cette région ?
La Haute-Provence a une beauté particulière, qui peut sembler rébarbative au premier abord. Elle ne s’offre pas sur un plateau comme la Côte d’Azur ou certaines îles sous le vent…
Elle garde encore ses mystères, elle permet le rêve et suscite l’imagination. Elle a encore de ces villages perdus, perchés sur un piton rocheux, au milieu d’un chaos de montagne, de ces longues étendues désertes balayée par le mistral, de ces vallées de bout du monde où le temps s’est arrêté. Vous en connaissez encore beaucoup des endroits où il faut faire quarante kilomètres pour trouver un supermarché, en France ? Peut-être encore en Lozère ou dans le Creuse… et aussi dans les Alpes-de-Haute-Provence !
C’est cet aspect hors du temps, délaissé par le « progrès » qui me plaît infiniment dans cette région. Lorsque je me balade durant des kilomètres dans le moutonnement des collines, sans voir une construction, lorsque j’arrive dans un hameau où le bourdonnement des insectes et un léger souffle de vent parfumé de thym sont les seuls signes d’activité, je suis au comble du bonheur ! Ce sont pour moi des solitudes apaisantes (les « hauteurs apaisantes » chères à Giono).

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