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Raymond Vinciguerra et Véronique Autheman à la poursuite de Barberousse

Le Dernier Hiver de Barberoussefacebooktwitterlinkedin

Le Dernier Hiver de Barberousse est un roman historique qui se déroule au XVIe siècle, durant l’hiver 1543, sous le règne de François Ier. Dans cet ouvrage où les petites histoire se mêlent à la grande, nous suivons trois personnages détonnants dans un périple partant de Toulon jusqu’à Paris, en traversant la Provence, pendant que Barberousse, amiral de l’empereur ottoman Soliman le Magnifique, séjourne dans le port de Toulon avec sa flotte, sous l’invitation du roi de France. À l’occasion de la réédition de ce roman, nous avons tenu à poser quelques questions aux deux auteurs, Véronique Autheman et Raymond Vinciguerra.
Véronique AuthemanRaymond Vinciguerra

Jean Marie Desbois : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Véronique Autheman : Nous nous sommes rencontrés en 1989, lors des célébrations du bicentenaire de la Révolution Française, à l’occasion du spectacle : Le Procès de Marseille écrit et mis en scène par Raymond Vinciguerra et où j’ai assuré la partie de conseiller technique historique.
Raymond Vinciguerra : En 1989 j’ai reçu une commande d’écriture de la ville de Marseille à l’occasion du bicentenaire de la Révolution Française ; ce spectacle s’est joué sur le parvis du tribunal de Marseille sous le Haut patronage de Monsieur le Garde des Sceaux. J’ai fait pour l’occasion des recherches historiques. Véronique m’a été présentée pour m’accompagner dans ces recherches en tant qu’historienne.

JMD : Qu’est-ce qui vous a séduit chez l’autre, pour envisager de travailler ensemble ?
V. A. : Nos passions communes pour l’Histoire, l’Art, l’Italie (la Renaissance en particulier) et bien sûr… l’écriture romanesque…
R. V. : Un intérêt majeur pour l’histoire bien évidemment et une précieuse complicité intellectuelle.

JMD : Pourquoi cette collaboration ? Qu’a-t-elle apporté dans votre travail ?
V. A. : Nous avons toujours longuement parlé et échangé sur notre travail d’écrivain… Nous partageons le même amour de la langue et la même envie de raconter des histoires et de faire connaître notre histoire. Écrire à deux permet d’explorer plus de pistes d’écritures, donne plus de souffle et d’ampleur à l’histoire…
R. V. : Une force et une complémentarité joyeuses.

Le Dernier Hiver de Barberousse

JMD : Comment vous est venue cette idée ? Comment avez-vous travaillé ?
V. A. : Tout naturellement… En parlant et en lisant ensemble… Nous avons discuté sur cette histoire, écrit un synopsis puis commencé à écrire ensemble. C’est-à-dire, un de nous deux commence quelques pages d’écriture avec un maillage large et de nombreuses pistes narratives, puis l’autre entre dans ces pages, les complète, les corrige et y ajoute 3 ou 4 pages… Et la nave va…
R. V. : Nous sommes parti de cette « anecdote » historique sur Toulon, nous avons vu l’opportunité de suivre plusieurs destins entre la grande et la petite histoire et monter la proximité culturelle et mémorielle de différents pays de la Méditerranée. Puis nous avons utilisé un système que nous nommons le « ping-pong » : nous nous emparons de l’écriture en alternance ; notre grande complicité nous permet d’échapper au piège de l’égo, et enfin nous retravaillons le tout pour gagner en fluidité narrative et stylistique.

JMD : Pourquoi avoir choisi cette période historique et ces personnages en particulier ?
V. A. : Lorsque je travaillais à la traduction et l’édition critique de l’ouvrage De Laudibus Provinciae de Pierre Quiqueran de Beaujeu, j’ai découvert dans les décrets royaux conservés aux Archives Nationales ce fait renversant : en 1543, François Ier Roi de France demande aux habitants de Toulon de « déguerpir » et de laisser leurs maisons et leur ville à la flotte de Barberousse, amiral du sultan Soliman le Magnifique.
L’occasion romanesque était trop belle… Le roman était né !
R. V. : C’est une période complexe où les lignes bougent sans cesse : alliances, complots, le fait religieux et la raison d’état, une explosion artistique et intellectuelle… C’est aussi pour parler de la Renaissance qui est une période que nous affectionnons tous les deux. Les personnages sont naturellement venus à nous au travers des convulsions d’une époque formidablement riche ; c’est aussi le parcours d’individus dans l’intimité de leurs contradictions. Ils nous éclairent aussi sur un passé qui nous aide à comprendre le présent.

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Chris Tabbart : « S’émerveiller des petites choses de la vie »

Chris Tabbart. © S. Aublanc.facebooktwitterlinkedin
Le Dernier Périple de Paulo est le dernier roman en date de Chris Tabbart. À l’occasion de sa sortie, prévue le 22 juin 2016, nous avons tenu à poser quelques questions à l’auteure à propos de cette nouvelle histoire, qui clame encore et toujours son amour pour la Provence au travers de ses personnages singuliers :

chris-tabbart-arche-blondes

Desbois éditeur : Ce roman donne une leçon de vie au lecteur : on peut vivre de peu, l’amour est essentiel, le bonheur est fait de petits riens, pour peu qu’on s’en donne les moyens. Est-ce également votre conception de la vie ?
Chris Tabbart : Tout à fait. D’ailleurs cela se retrouve dans tous mes romans. Le Dernier Périple de Paulo était mon tout premier roman, et sans doute cette idée de vie simple, de bonheur dans l’être et non dans l’avoir commençait à se dessiner.
Je ne pense pas que le fait d’accumuler des biens rend heureux. En revanche, savoir s’émerveiller des petites choses de la vie – un coucher de soleil, une libellule, une senteur de foin coupé –peut apporter un véritable bien-être.

Le Dernier Périple de Paulo (Chris Tabbart)

Desbois éditeur : Les personnages plongent énormément dans leur passé, chacun pour des raisons spécifiques ; pensez-vous que le passé d’une personne est essentiel à son présent et à son avenir pour avancer ?
Chris Tabbart : Bien sûr. Nous sommes façonnés par nos expériences, par notre vécu et par les gens que nous avons côtoyés tout au long de notre vie. Notre personnalité d’aujourd’hui est constituée d’un assemblage de choses passées que nous avons plus ou moins intégrées et digérées. Chaque rencontre importante a modulé notre être, quelquefois de façon à peine perceptible, quelquefois de façon beaucoup plus radicale, c’est d’ailleurs ce qui arrive à Paulo lorsqu’il rencontre Maria. Elle lui ouvre des horizons nouveaux, elle lui fait découvrir un monde qu’il ne soupçonnait pas. En cela elle transforme profondément sa personnalité.
Et c’est à la lumière de ces expériences passées qui constituent l’histoire personnelle de chacun, que nous appréhendons l’avenir. Notre futur est forcement déterminé par notre passé, puisque notre personnalité a été façonnée par lui. La psychanalyse d’ailleurs ne fait rien d’autre que chercher à guérir des maux du présent en soignant ceux du passé pour affronter l’avenir !
Desbois éditeur : Vous véhiculez un message d’espoir dans cette histoire ; d’où vous vient cette foi ?
Chris Tabbart : Bonne question ! Je n’en sais rien… Je ne suis pourtant pas d’un optimisme béat, loin de là même ! Mais j’aime écrire des choses gaies, des histoires qui, l’espace d’un moment, feront voir les bons côtés de la vie, car il y en a heureusement, qui apporteront à mes lecteurs – et à moi-même – l’espoir que tout n’est pas perdu, que quelquefois le bonheur est au bout du chemin. D’ailleurs, j’ai remarqué que c’est souvent lorsqu’on a perdu toute espérance, lorsqu’on est au fond du trou, qu’une petite lumière s’allume et nous fait remonter vers le soleil.
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Pierre Bianco : « J’ai toujours été intéressé par l’histoire et la vie d’autrefois au sens large. »

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Pierre BiancoPierre Bianco est directeur de recherche honoraire au CNRS ; spécialisé en chimie et électrochimie, il est également passionné de généalogie, de par ses racines, et d’histoire provençale, passions dont il a tiré plusieurs publications, telles que Les familles corses dans leur cadre historique. Histoire, lignages, mythes et traditions (éd. Alain Piazzola, 2013) et Le Baiso (Éditions du Lubéron, 2013). Nous avons tenu à l’interviewer pour accompagner la publication de son ouvrage Le Crime de la Robine, sorti le 16 mars 2016 :

GénéProvence : Parlez-nous de vos recherches menées au sein du CNRS : quelles sont vos spécialités ?

Pierre Bianco : Mon thème principal de recherche est l’électrochimie, c’est-à-dire l’étude de l’effet des courants électriques sur les réactions chimiques. Je me suis intéressé en particulier aux courants qui circulent dans les organismes vivants, aux échanges d’électrons entre les protéines, en considérant celles-ci comme des molécules chimiques : un exemple est celui de la respiration, qui permet de montrer comment l’oxygène que nous respirons est « échangé » au niveau des cellules grâce à une série de réactions complexes.

GP : Vous avez publié des ouvrages sur différents thèmes, dans différents domaines ; comment êtes-vous passé de l’histoire de l’électrochimie à l’histoire rurale sous l’Ancien Régime ?

P.B. : J’ai toujours été intéressé par l’histoire et la « vie d’autrefois » au sens large. L’histoire de l’électrochimie se rattache à l’histoire des sciences et j’avais tenu à rédiger un ouvrage qui marquait la découverte de la pile de Volta à l’occasion du bicentenaire de cette découverte (1999), ce qui m’a amené à étudier les travaux des pionniers de l’électrochimie (et de la chimie en même temps). Mon intérêt pour l’histoire m’a orienté aussi bien vers l’histoire des origines de ma famille (corse en partie, d’où mon ouvrage sur Calvi et celui sur les familles corses) que vers l’histoire de la Haute Provence où je réside l’été et à laquelle je suis très attaché depuis mon enfance (j’ai d’ailleurs quelques origines dignoises). J’ai pu ainsi étudier la vie des familles, les relations qu’elles entretenaient entre elles, leurs défauts (mais aussi leurs qualités), la vie au quotidien, et ce dans le contexte plus large de la société de l’Ancien Régime et même dans son prolongement, le XIXème siècle.

Le Crime de la RobineGP : Concernant votre ouvrage Le Crime de la Robine, comment êtes-vous tombé sur ce fait divers ? Pourquoi a-t-il particulièrement retenu votre attention ?

P.B. : Dans le souci de partir à la découverte de la vie d’autrefois en Haute Provence, j’ai exploré les archives pour pouvoir étudier les différents aspects de la vie rurale (économique, sociale, religieuse, etc.). Il se trouve que les archives judiciaires sont particulièrement attractives car elles sont riches en événements « pris sur le vif » et parce qu’elles permettent de « mettre à nu » les réactions des coupables comme celles des témoins : c’est une véritable « scène de théâtre », tout y est authentique, et c’est ce que j’apprécie, retrouver la vie telle qu’elle fut. Le drame de La Robine a particulièrement attiré mon attention par sa richesse humaine, la complexité des caractères et leurs différences aussi. Des personnages s’affrontent, un drame se noue au jour le jour au sein d’une famille et l’on sent que rien ne pouvait l’arrêter malheureusement.

GP : Vous semblez porter une attention particulière à la psychologie des protagonistes, notamment celle d’Élisabeth. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment avez-vous fait pour comprendre, analyser, retranscrire cet état d’esprit d’après les documents d’archives ?

P.B. : Le procès fait aux époux Buès a fait appel à de nombreux témoins qui ne se sont pas cachés pour dire ce qu’ils pensaient de François Buès, pour défendre plutôt qu’accabler le fils et la belle-fille, pour montrer qu’ils sentaient qu’un drame allait se produire. Ils ont révélé les confidences qu’ils avaient reçues notamment d’Élisabeth, mais aussi du père si peu apprécié et du fils plutôt timoré. Ils étaient unanimes pour plaindre la belle-fille et pour charger le beau-père dont ils rapportaient les paroles et les actes souvent odieux. La plupart des gens plaignaient Élisabeth et à travers leurs paroles j’ai pu comprendre et j’ai essayé de rapporter les souffrances de cette femme qui était exaspérée par l’attitude de son beau-père. C’est un drame à trois personnages, trois victimes en fait, sans oublier les pauvres et innocents orphelins.

GP : L’histoire des émotions est un domaine de recherche qui s’est particulièrement développé ces dernières années. Vous inscrivez-vous dans cette veine avec cet ouvrage ? Qu’en pensez-vous ?

P.B. : Oui, tout à fait. Je pense qu’un auteur doit pouvoir montrer la complexité du cœur humain et chercher à pénétrer jusqu’aux coins obscurs qu’il contient. L’homme n’a pas changé malgré les siècles passés. En étudiant les réactions, les émotions de ceux que l’on met en scène, on doit faire passer un message : toucher le cœur pour montrer finalement la faiblesse et « l’humanité » de l’être humain, en en montrant la complexité et la diversité. De plus, il ne faut pas craindre d’être émus par ce qu’on lit : nous sommes des êtres de chair…

GP : Qu’est-ce qui vous attire dans l’histoire de la Provence ? Que signifie cette région pour vous, dans vos recherches, dans vos publications ?

P.B. : La Provence est une terre originale. Par sa géographie d’abord, puisqu’on y trouve aussi bien les plaines de Camargue, que des côtes maritimes, que des hautes terres au caractère alpin bien marqué. C’est une terre « multiple », pleine de diversité. Par son passé évidemment, où les civilisations grecque et romaine ont laissé tant de traces. Terre latine, qui a des liens puissants avec l’Italie, mais aussi avec la Catalogne, mais aussi avec la Corse : c’est un cocktail extraordinaire. Historiquement, elle ne devint française qu’en 1482, en se « mariant » avec le Royaume de France. Mais c’est aussi une terre méditerranéenne, la mer l’ayant ouverte au monde. Sa culture est originale justement par suite de cette diversité. Les hommes et les femmes qui y vivent, dont les racines pour certains plongent dans cette terre depuis plusieurs siècles, ont une richesse culturelle, un art de vivre (même s’il est simple, modeste) qui méritent d’être connus et préservés.

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Thérèse Dubuisson : « Madame Mistral n’a jamais pu prendre son destin en main »

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Madame Mistral est un essai dont la sortie est prévue dans quelques jours ; son auteure, Thérèse Dubuisson, a déjà écrit plusieurs ouvrages sur Dijon, son histoire, son architecture, etc. C’est en faisant des recherches sur un quartier du chef-lieu de Bourgogne qu’elle fait la connaissance de Marie Mistral, née Rivière, femme du célèbre poète provençal et originaire de Dijon. Thérèse Dubuisson décide alors d’enquêter sur la vie de cette femme méconnue, décidée à livrer un récit aussi proche de la vérité que possible. À l’occasion de la sortie de cet ouvrage, Madame Mistral, nous avons recueilli son avis et ses impressions :

Madame Mistral

GénéProvence : Vos précédentes publications portent sur la ville de Dijon en elle-même, sur son architecture, son urbanisme, son histoire, etc. Pourquoi changer de point de vue et vous focaliser cette fois-ci sur une personne réelle ?

Thérèse Dubuisson : Mes ouvrages sur Dijon portent sur l’architecture et l’histoire des maisons, mais j’ai toujours poussé la porte pour tenter de voir ce qu’il y avait derrière. L’histoire des villes, c’est d’abord l’histoire des gens qui l’ont faite et des gens qui l’ont habitée. Ce livre répare en quelque sorte la frustration que j’avais, lors de l’écriture des précédents, de ne pas pouvoir assez parler des gens derrière les portes et des vies si passionnantes ou si tristes qui s’étaient déroulées dans les maisons.

GénéProvence : Comment avez-vous mené vos recherches ?

Thérèse Dubuisson : Mes recherches ont été menées en collaboration étroite avec mon mari, habitué de la consultation des archives, des actes d’état civil et des actes notariés. Il a fait beaucoup de recherches aux archives départementales de la Côte-d’Or, mais ensemble nous sommes allés compléter ces recherches dans le Jura ou à Grenoble par exemple, et nous avons visité tous les lieux habités par les différents membres de la famille Rivière. Mais surtout nous avons consulté avec passion de nombreux courriers adressés à Mistral, en particulier ceux en provenance de Dijon, et conservés au musée de Maillane.

GénéProvence : Vous commencez votre ouvrage par une photographie, entre autres, qui semble être le déclencheur de vos recherches sur Marie Mistral. Pourquoi un tel intérêt pour cette femme ?

Thérèse Dubuisson

Thérèse Dubuisson : La photographie du début du livre est plutôt une accroche pour le lecteur que le déclencheur de mes recherches. Mais c’est surtout l’illustration parfaite de la tristesse de madame Mistral. Pour moi, le déclencheur a d’abord été la découverte de tous les mensonges et des mystères autour de cette femme. Les écrits, sans cesse repris, d’Eugène Fyot parlant d’une belle histoire d’amour n’étaient pas vrais, comme la présence de Mistral aux obsèques de la tante, comme la situation du beau-père riche négociant en vins et poète à ses heures, etc. Ma préoccupation majeure était la recherche de la vérité. Et puis il y avait tant de mystères et de secrets dans cette famille Bertrand-Rivière que la curiosité m’a poussée à connaître ce qui se cachait derrière cette façade de respectabilité.

GénéProvence : Quels sentiments pour cette « femme de l’ombre » vous ont guidé tout au long de votre travail ? Était-ce compliqué de travailler avec cette implication particulière ?

Thérèse Dubuisson : J’ai eu beaucoup de compassion, presque de la tendresse, pour cette femme, victime des ambitions de son père, victime des infidélités de son mari, victime de son éducation la condamnant à l’obéissance et à la soumission, victime de la société du XIXe siècle qui donnait tant de pouvoirs aux hommes et tant de devoirs aux femmes. Marie Rivière portait sur elle tout le poids des convenances et des hypocrisies de son époque. Et c’est un peu ce que je souhaitais dénoncer parce que ce sont des choses hélas encore d’actualité pour de nombreuses femmes.

GénéProvence : Quand il a été terminé, cet ouvrage vous a-t-il procuré du soulagement, de l’apaisement, ou au contraire un sentiment d’inachevé par rapport à cette femme de l’ombre ?

Thérèse Dubuisson : L’ouvrage terminé, j’ai éprouvé beaucoup de tristesse. J’ai pensé : quel gâchis que l’histoire de cette famille ! Madame Mistral n’a jamais été heureuse auprès de son mari, juste résignée. Mais tout autour d’elle, quelle tristesse également, avec cette tante morte si jeune et l’autre tante méprisée et oubliée. J’ai repensé à l’aisance et à la fortune des grands-parents de Marie Rivière dans les années 1850 et à la ruine qui s’est progressivement installée avec les maladresses ou les malversations de leur gendre. Et puis les dernières années de la vie de madame Mistral m’ont laissé un goût amer. J’ai eu le sentiment qu’elle n’avait jamais pu prendre son destin en main.

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Juan Carlos Méndez Guédez : « L’écriture est une rencontre avec l’étonnement »

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© Miguel Lizana, 2015.
© Miguel Lizana, 2015.

En avril dernier, lors d’une résidence d’écriture à Aix-en-Provence, l’écrivain vénézuélien Juan Carlos Méndez Guédez a visité les Baux-de-Provence et les locaux des éditions GénéProvence. À la suite de cette rencontre, un nouveau projet éditorial entre dans notre catalogue : il concerne la vision d’un écrivain étranger sur la Provence. Nous lui avons donc posé quelques questions sur son écriture et l’image qu’il a de la Provence.

GénéProvence : Pour quoi la France comme destination ? Et plus particulièrement la Provence ?
Juan Carlos Méndez Guédez : Le centre culturel Noria m’a invité à faire une résidence d’écriture pendant un mois à Aix-en-Provence. Je n’avais jamais eu ce type d’expérience et pour moi c’est une opportunité exceptionnelle. Je trouve ce format culturel très intéressant puisque l’on doit se consacrer entièrement au processus de création afin de découvrir un endroit et une histoire. D’ailleurs, j’avais eu toujours cette vieille illusion de voyager pour écrire, où je peux lire d’autres textes et de faire une pause de ma vie quotidienne en Espagne. Je suis ravi d’être ici.

GP : Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs qui vous êtes et leur présenter un peu votre parcours d’écrivain ?
JCMG : Je suis né en 1967, je réside en Espagne depuis vingt ans et j’ai obtenu un doctorat de littérature hispanique à l’université de Salamanque. J’ai publié une vingtaine de nouvelles et de romans, dont trois ont été traduits en français et édité à Paris et à Lyon. D’ailleurs, une partie de ces textes a été écrit lors de séjours en France.
Les sujets qui portent mon écriture sont principalement le voyage et le rôle de la mémoire et de l’identité qui y sont liés. Malgré le sens toujours mélancolique ou triste que leur donnent de nombreux écrivains, je prétends célébrer l’acte de la migration et lui trouver un côté festif. J’aime bien aussi mettre en scène des personnages qui se définissent par des liens d’amitié, d’amour et des liens familiaux. Je m’intéresse par exemple beaucoup à la question de l’abandon paternel.

couverture-sept-fontaines

GP : De nombreux auteurs de la littérature mondiale ont montré que l’écriture est très influencée par le lieu où l’auteur réside et les cultures qui l’entourent. D’ailleurs, la plupart de vos ouvrages sont une rencontre entre deux aires géographiques : l’espagnole et la latino-américaine. Quelle a été votre expérience d’écriture en France ?
JCMG : L’expérience est très singulière parce que, d’abord, il est essentiel de se consacrer à l’écriture et c’est probablement une chose que je ne faisais pas depuis mon adolescence. Ensuite, concrètement à Aix-en-Provence, l’existence des toutes ces fontaines et le lien très étroit de la ville avec l’eau m’ont beaucoup intéressé. Je crois que dans mon imagination ces merveilleuses eaux aixoises se connectent avec celles de rivières vénézuéliennes, le pays d’origine des personnages des Sept Fontaines que j’ai écrit lors de mon séjour ici. En ce sens, je veux finalement transmettre l’idée que l’origine de l’eau est indifférente à sa provenance et qu’elle est une seule ; les personnages de cette histoire vont connaître d’autres formes de beauté dans leurs relations avec l’humidité, avec la vie.
En fait, je considère que l’écriture est surtout une rencontre avec l’étonnement. L’écrivain peut trouver un endroit qu’il ne connaissait guère et lui donner une nouvelle réalité avec le langage et la fiction. C’est justement l’expérience que je suis en train de vivre et à laquelle j’espère rendre hommage avec mon récit.

GP : Quelles images aviez-vous de la Provence avant de venir ?
JCMG : D’abord, je savais que la montagne Sainte-Victoire, celle que l’on trouve dans les peintures de Cézanne, était à Aix-en-Provence. Pour moi c’était une référence visuelle par excellence de la Provence. Par hasard, dans mon dernier roman qui va paraître en janvier 2016 en Espagne aux éditions Siruela, un de mes personnages fait quelques réflexions sur une toile du peintre. Je ne savais pas que quelques mois après avoir fini ce roman, je me trouverais ici… C’est une chance…
Ensuite, une autre idée me venait à l’esprit : cette boisson très réputée à base d’anis… le pastis. Ce voyage m’a permis aussi de découvrir comment cette boisson est ancrée aux habitudes de quelques personnes…

GP : Si vous deviez décrire la ville d’Aix-en-Provence et les Baux-de-Provence en trois mots, quels seraient-ils ?
JCMG : Alors… pour Aix, je dirais : « lumière », « eau » et « vent ». En fait, hier j’étais en train d’écrire quand soudain j’ai vu comment les verres et les tasses volaient un peu partout à cause du mistral… Je me suis dit : « Après on dit qu’il n’y a qu’en Amérique latine qu’il se passe des choses bizarres et extraordinaires… » [rires]
Pour les Baux, je dirais : « pierre », « grotte » et « histoire ». J’aime bien l’idée que deux éléments comme l’eau et la pierre, apparemment contradictoires ou éloignés, se conjuguent ici en Provence de très belle manière.

Propos recueillis par Luisa Merchán Cerinza pour GénéProvence.