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Stéphan Sanchez : « Il ne faut pas se détourner de sa petite voix intérieure, celle qui dit que tout est possible »

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Anatomie des vagues est un roman de Stéphan Sanchez, sorti le 7 mai 2016. L’intrigue se propose comme un mélange entre un thriller et un portrait psychologique, et nous emmène dans les affres du deuil et de la reconstruction intérieure. À l’occasion de cette parution toute récente, nous vous livrons une interview exclusive de l’auteur :

Stéphan SanchezGénéProvence : Vos deux précédents ouvrages parlent, de manière différente à chaque fois, du deuil. Anatomie des vagues également ; pourquoi cette focalisation sur le deuil, la disparition d’un être cher ?
Stéphan Sanchez : Nous faisons tous, à un moment de notre vie, l’expérience du deuil. Et en premier lieu, celui de l’enfance. Christian Boltanski, dans un catalogue d’exposition, explique que nous portons tous en nous un enfant mort, un enfant qui est ce que nous étions et ce que nous ne sommes plus. Le passage à l’âge adulte se fait rarement en douceur parce qu’il est synonyme d’adieu. On est contraint de dire adieu à l’enfant qu’on était. Et puis, il y a effectivement la perte d’un être cher, la perte de quelqu’un qu’on aime… Je crois qu’il n’y a pas de plus grande douleur. Ce qui est fou c’est que malgré cette douleur, malgré cette peine immense, la vie continue. Une chose, à l’intérieur, nous pousse à avancer.

GénéProvence : Vos romans sont également tournés vers la vie, le courage de vivre, la possibilité d’un bonheur futur… Comment conciliez-vous ces deux aspects opposés dans vos livres ?
Stéphan Sanchez : La mort fait partie intégrante de la vie. Je trouve triste cette société moderne qui cherche à nous en préserver. Tout ce qui touche à la vieillesse, à la maladie, à la fin de vie est trop souvent caché, maquillé. Comment être apaisé face à une chose qu’on ne voit pas et dont on ne parle pas – ou si peu ? Parler de la disparition des autres est une manière de combattre cette peur de la fin, de notre propre fin. Il me semble que pour désamorcer une angoisse il n’y a pas de meilleur remède que la parole ou l’écrit.

GénéProvence : Quel message souhaitez-vous faire passer dans votre roman Anatomie des vagues ?
Stéphan Sanchez : Je ne sais pas si on peut vraiment parler de message. S’il y en a un en tout cas il s’adresse à ceux qui doutent, à ceux qui pensent qu’on ne peut pas se relever, que la vie est trop difficile. Il ne faut pas se détourner de sa petite voix intérieure, celle qui dit que tout est possible. Celle qui dit que le meilleur reste à venir.

Anatomie des vagues

GénéProvence : Que signifie le titre ?
Stéphan Sanchez : « Anatomie des vagues » cela fait surtout référence à un fait divers dont je parle dans le roman. L’histoire de Piano Man, ce jeune homme retrouvé sur une plage, au sud-est de Londres, habillé en smoking, trempé et inconscient. C’était en 2005 et l’affaire a suscité un vif intérêt dans la presse. Personne ne savait qui était cet homme qui ne s’exprimait qu’au travers d’un piano.

GénéProvence : Vous confiez avoir pour modèles Amélie Nothomb et Philippe Besson. De quelle façon leur écriture vous influence-t-elle ?
Stéphan Sanchez : J’aime l’apparente simplicité des textes d’Amélie Nothomb. Lorsqu’on lit un roman d’Amélie on a l’impression de lire un conte, pourtant, en y regardant de près, on s’aperçoit que les personnages sont complexes, névrosés et complètement barrés. Les histoires ne sont jamais superficielles. On ne s’en aperçoit pas mais les nœuds de ses intrigues sont solides. J’essaye, à mon humble niveau, de tisser un maillage à la fois complexe et invisible. Chez Philippe Besson, ce qui me touche c’est la poésie de ses phrases, la douceur de ses mots. Il décrit l’expérience du deuil avec une telle justesse, c’est stupéfiant.

GénéProvence : À quel point mettez-vous de vous-même dans vos personnages ?
Stéphan Sanchez : Les personnages de mes deux premiers romans contiennent une part de moi importante. Ce qui est moins le cas dans Anatomie des vagues et encore moins le cas dans celui que je suis en train d’écrire. Plus j’écris et plus je me sens capable de créer à partir des autres, à partir de ce que je vois, de ce que j’entends. Et ce n’est pas plus mal finalement. Quand je pense à ce que la pauvre héroïne d’Anatomie des vagues a traversé… À sa place je n’aurais pas survécu aux dix premiers chapitres.

Retrouvez la fiche du livre en cliquant ici.

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Pierre Bianco : « J’ai toujours été intéressé par l’histoire et la vie d’autrefois au sens large. »

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Pierre BiancoPierre Bianco est directeur de recherche honoraire au CNRS ; spécialisé en chimie et électrochimie, il est également passionné de généalogie, de par ses racines, et d’histoire provençale, passions dont il a tiré plusieurs publications, telles que Les familles corses dans leur cadre historique. Histoire, lignages, mythes et traditions (éd. Alain Piazzola, 2013) et Le Baiso (Éditions du Lubéron, 2013). Nous avons tenu à l’interviewer pour accompagner la publication de son ouvrage Le Crime de la Robine, sorti le 16 mars 2016 :

GénéProvence : Parlez-nous de vos recherches menées au sein du CNRS : quelles sont vos spécialités ?

Pierre Bianco : Mon thème principal de recherche est l’électrochimie, c’est-à-dire l’étude de l’effet des courants électriques sur les réactions chimiques. Je me suis intéressé en particulier aux courants qui circulent dans les organismes vivants, aux échanges d’électrons entre les protéines, en considérant celles-ci comme des molécules chimiques : un exemple est celui de la respiration, qui permet de montrer comment l’oxygène que nous respirons est « échangé » au niveau des cellules grâce à une série de réactions complexes.

GP : Vous avez publié des ouvrages sur différents thèmes, dans différents domaines ; comment êtes-vous passé de l’histoire de l’électrochimie à l’histoire rurale sous l’Ancien Régime ?

P.B. : J’ai toujours été intéressé par l’histoire et la « vie d’autrefois » au sens large. L’histoire de l’électrochimie se rattache à l’histoire des sciences et j’avais tenu à rédiger un ouvrage qui marquait la découverte de la pile de Volta à l’occasion du bicentenaire de cette découverte (1999), ce qui m’a amené à étudier les travaux des pionniers de l’électrochimie (et de la chimie en même temps). Mon intérêt pour l’histoire m’a orienté aussi bien vers l’histoire des origines de ma famille (corse en partie, d’où mon ouvrage sur Calvi et celui sur les familles corses) que vers l’histoire de la Haute Provence où je réside l’été et à laquelle je suis très attaché depuis mon enfance (j’ai d’ailleurs quelques origines dignoises). J’ai pu ainsi étudier la vie des familles, les relations qu’elles entretenaient entre elles, leurs défauts (mais aussi leurs qualités), la vie au quotidien, et ce dans le contexte plus large de la société de l’Ancien Régime et même dans son prolongement, le XIXème siècle.

Le Crime de la RobineGP : Concernant votre ouvrage Le Crime de la Robine, comment êtes-vous tombé sur ce fait divers ? Pourquoi a-t-il particulièrement retenu votre attention ?

P.B. : Dans le souci de partir à la découverte de la vie d’autrefois en Haute Provence, j’ai exploré les archives pour pouvoir étudier les différents aspects de la vie rurale (économique, sociale, religieuse, etc.). Il se trouve que les archives judiciaires sont particulièrement attractives car elles sont riches en événements « pris sur le vif » et parce qu’elles permettent de « mettre à nu » les réactions des coupables comme celles des témoins : c’est une véritable « scène de théâtre », tout y est authentique, et c’est ce que j’apprécie, retrouver la vie telle qu’elle fut. Le drame de La Robine a particulièrement attiré mon attention par sa richesse humaine, la complexité des caractères et leurs différences aussi. Des personnages s’affrontent, un drame se noue au jour le jour au sein d’une famille et l’on sent que rien ne pouvait l’arrêter malheureusement.

GP : Vous semblez porter une attention particulière à la psychologie des protagonistes, notamment celle d’Élisabeth. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment avez-vous fait pour comprendre, analyser, retranscrire cet état d’esprit d’après les documents d’archives ?

P.B. : Le procès fait aux époux Buès a fait appel à de nombreux témoins qui ne se sont pas cachés pour dire ce qu’ils pensaient de François Buès, pour défendre plutôt qu’accabler le fils et la belle-fille, pour montrer qu’ils sentaient qu’un drame allait se produire. Ils ont révélé les confidences qu’ils avaient reçues notamment d’Élisabeth, mais aussi du père si peu apprécié et du fils plutôt timoré. Ils étaient unanimes pour plaindre la belle-fille et pour charger le beau-père dont ils rapportaient les paroles et les actes souvent odieux. La plupart des gens plaignaient Élisabeth et à travers leurs paroles j’ai pu comprendre et j’ai essayé de rapporter les souffrances de cette femme qui était exaspérée par l’attitude de son beau-père. C’est un drame à trois personnages, trois victimes en fait, sans oublier les pauvres et innocents orphelins.

GP : L’histoire des émotions est un domaine de recherche qui s’est particulièrement développé ces dernières années. Vous inscrivez-vous dans cette veine avec cet ouvrage ? Qu’en pensez-vous ?

P.B. : Oui, tout à fait. Je pense qu’un auteur doit pouvoir montrer la complexité du cœur humain et chercher à pénétrer jusqu’aux coins obscurs qu’il contient. L’homme n’a pas changé malgré les siècles passés. En étudiant les réactions, les émotions de ceux que l’on met en scène, on doit faire passer un message : toucher le cœur pour montrer finalement la faiblesse et « l’humanité » de l’être humain, en en montrant la complexité et la diversité. De plus, il ne faut pas craindre d’être émus par ce qu’on lit : nous sommes des êtres de chair…

GP : Qu’est-ce qui vous attire dans l’histoire de la Provence ? Que signifie cette région pour vous, dans vos recherches, dans vos publications ?

P.B. : La Provence est une terre originale. Par sa géographie d’abord, puisqu’on y trouve aussi bien les plaines de Camargue, que des côtes maritimes, que des hautes terres au caractère alpin bien marqué. C’est une terre « multiple », pleine de diversité. Par son passé évidemment, où les civilisations grecque et romaine ont laissé tant de traces. Terre latine, qui a des liens puissants avec l’Italie, mais aussi avec la Catalogne, mais aussi avec la Corse : c’est un cocktail extraordinaire. Historiquement, elle ne devint française qu’en 1482, en se « mariant » avec le Royaume de France. Mais c’est aussi une terre méditerranéenne, la mer l’ayant ouverte au monde. Sa culture est originale justement par suite de cette diversité. Les hommes et les femmes qui y vivent, dont les racines pour certains plongent dans cette terre depuis plusieurs siècles, ont une richesse culturelle, un art de vivre (même s’il est simple, modeste) qui méritent d’être connus et préservés.

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Lucien Vassal raconte une épopée marseillaise chez GénéProvence

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Les éditions GénéProvence viennent de publier le nouveau titre de Lucien Vassal, intitulé Les Noces de palissandre, qui plonge le lecteur au début du XXe siècle, au temps où l’on venait de toute l’Europe du Sud tenter sa chance et commencer une nouvelle vie à Marseille.

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Lucien Vassal est un pur Marseillais. Né en 1937 dans le quartier de la Viste, si bien nommé pour la superbe vue qu’il offre sur la rade, il vit ses premières années d’enfant dans le Marseille de l’Occupation.
Dans La Colline vert-de-gris (Tacussel, 2000), il revient sur cette période telle qu’elle a été vécue par les Marseillais. On y retrouve notamment la vie de sa famille fondée par Paul et Georgette, fiers parents de onze enfants, qui graviteront dans un monde constitués d’étrangers. Ouvrier à l’usine à gaz des Crottes, son père côtoie en effet des ouvriers venus de toute l’Europe et d’au-delà (Italie, Espagne, Arménie, Maghreb), et le jeune Lucien, lui, côtoie leurs enfants, sur les bancs de l’école communale, à La Viste.
Lucien Vassal, alias José Aguirre, dans Adieu Jésus, de Paul Carpita. DR.
Lucien Vassal, alias José Aguirre, dans Adieu Jésus (1970), de Paul Carpita. DR.
À la différence de ses frères qui choisissent de devenir ouvriers comme leur père, Lucien est admis au cours complémentaire de Saint-Louis et poursuit ses études à la faculté, études qu’il finance en travaillant tantôt comme plombier, tantôt comme menuisier ou comme maçon. Finalement, à l’âge de vingt-deux ans, il devient professeur adjoint de mathématiques au lycée Denis Diderot, avant de devenir professeur de physique, profession qu’il exercera jusqu’à sa retraite.
Il fut aussi, durant six ans, assistant du réalisateur marseillais Paul Carpita, palme d’or du festival de Cannes, prix de la Cinémathèque française pour l’ensemble de ses courts métrages, palme d’or à Cannes pour La Récréation. On le vit même apparaître comme acteur dans Adieu Jésus, aussi prix de la Cinémathèque Française.

Une carrière politique…

Dans le même temps, Lucien s’engage politiquement et devient un militant du Parti communiste et du Mouvement national de lutte pour l’environnement. Cet engagement le poussera à embrasser des responsabilités politiques. Il devient ainsi conseiller municipal de 1971 à 1983 à la mairie de Marseille, puis maire-adjoint auprès de Gaston Defferre de 1983 à 1989 en charge de l’Environnement, du cadre de vie, de l’écologie et des espaces verts de Marseille. Lucien Vassal est en effet passionné par l’aménagement urbain et il entreprend de réaliser d’importantes opérations d’urbanisme dans la ville, créant notamment soixante-trois parcs et jardins, procédant à aménagements de places et de rues piétonnes, des plages du Prado et de Corbières. Dans les années 1980, il quitte le Parti communiste et est élu maire des Quartiers Nord de Marseille.

… puis littéraire

9782918754299À l’issue de sa carrière politique et au terme de ses engagements auprès des Marseillais, il entreprend une nouvelle carrière, celle d’écrivain. En quelques années, il est l’auteur de plusieurs romans qui se veulent le témoignage de la vie de petites gens ballottés par les événements de la Grande Histoire. Outre La Colline vert-de-gris, il évoque les années 1950 dans La Colline aux genêts (Tacussel, 2007) et les années qui précédèrent la chute du Mur de Berlin dans La Colline pourpre (Tacussel, 2012), trilogie où souffle l’Histoire et que viendra fort justement récompenser l’Académie des Lettres, Sciences et Arts de Marseille en lui attribuant le prix Charles-Bortoli en 2012.
Entretemps, la publication d’Enzella (Aubéron, 2004) lui vaut le Prix international des Arts et Lettres de France. Le roman relate la vie d’une jeune immigrée espagnole à l’Estaque. Il a été traduit en allemand.

Les Noces de palissandre

Il est donc fort naturel de souhaiter le même succès à son nouveau roman que publie GénéProvence, Les Noces de palissandre. Le lecteur retrouvera Paul et Georgette, les parents immortalisés par la plume talentueuse de Lucien Vassal, et surtout cette famille qui, au fil du temps, s’est enrichie d’une immigration qui, à l’image de la ville, est devenue une richesse. L’on suivra ainsi les premiers pas marseillais de Teopista l’Italienne, de Maria Concepción l’Andalouse, de Mariam l’Arménienne ou encore de Smaïl et Malika, les Kabyles, parents d’un certain… Zinédine Zidane !

Pour lire un extrait du livre, cliquez sur le lien ci-contre : Les Noces de palissandre.
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