Alexandre Dumont-Castells : “Ressusciter l’histoire de ces hommes qui ont écrit l’Histoire”

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GénéProvence : Alexandre Dumont-Castells, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Alexandre-Dumont-Castells : Je qualifierais ma famille de “mosaïque”. Du côté paternel, j’ai des origines bourbonnaises (Moulins) et provençales (Le Paradou, Saint-Martin-de-Crau, Saint-Rémy et Arles) et par ma mère, mes racines sont espagnoles (Valence), provençales (Lambesc, Rognes, Saint-Cannat, Aix-en-Provence, Vaucluse) et piémontaises. Bien que Lambescain – et tout comme mon cousin révélé par la généalogie, Paul Cézanne –, je suis né à Aix-en-Provence. J’y ai suivi une formation universitaire d’archéologue. Celle-ci a confirmé mon goût prédisposé pour les sciences étudiant le passé et les Hommes. Depuis une vingtaine d’années, je suis passionné de généalogie familiale et, il y a quelques temps, de généalogie intéressant la noblesse médiévale provençale.

Vous sortez un livre aux éditions GénéProvence. Qu’est-ce qui vous a incité à l’écrire ?
Au fil de mes recherches généalogiques, j’ai constaté que mes racines étaient surtout provençales. Je les partageais parfois avec des Provençaux célèbres, comme Frédéric Mistral, l’abbé Pierre ou Albert Camus. Il y a aussi celles et ceux tout autant inconnu(e)s que moi et qui partagent, consciemment ou non, des ancêtres liés à ce même patrimoine généalogique provençal. En plus de cousiner, ils s’apercevront qu’un de leur aïeul proche descendait, par les femmes, de la noblesse provençale de l’époque moderne voire médiévale. Ce qui les raccrochera à de bien illustres ancêtres issus des maisons de la noblesse de France, d’Espagne ou d’Italie. Nombre d’articles sur la généalogie disent bien qu’environ 90% des Européens de souche, qu’ils soient métissés ou non, descendraient de Charlemagne.
J’en viens à répondre à votre question et sur ce qui m’a incité à écrire ce livre. C’était l’idée de partager un ouvrage avec mes contemporains sur l’histoire de ces Hommes, de ces gentilshommes de Lambesc (mais aussi de Charleval). Bien souvent, ils étaient de simples « hobereaux » – plus ou moins connus – qui ont contribué quelquefois à écrire l’Histoire, que les lendemains de la Révolution française ont balayé, la reléguant à tort dans l’oubli, au préjudice de notre mémoire et de l’histoire locale.

Vous reconstituez patiemment l’histoire de chaque domaine de Lambesc. Quel est votre but ?
Je dirais que cet ouvrage a pour principal objectif de restituer et de présenter les familles de gentilshommes de Lambesc à travers l’Histoire, du moins ceux qui ont contribué à développer, gérer ou à faire gérer leur(s) domaine(s) érigé en fief ou en arrière-fief.

Pourquoi cette nuance ?
Je préfère dire que je pose un regard historique particulier car écrire une histoire exhaustive de chaque domaine m’aurait obligé à faire une étude économique et sociale pour chacune de ces entités locales, par exemple à travers l’étude de livres terriers, de cadastres etc. Ce qui aurait été une tâche fastidieuse et n’aurait tout bonnement pas été le thème que je voulais développer à travers les pages de ce livre. J’y ai déjà consacré une étude de six années, dans mon premier ouvrage sur Lambesc : Lambesc (1692-1789) sous l’Ancien régime, une principauté de Provence oubliée.
Le but était donc d’établir, par une généalogie objective, sourcée et succincte, un inventaire et une histoire des familles de gentilshommes fieffés qui se sont succédé sur chacun des 29 domaines de Lambesc et/ou de Charleval, en s’attardant sur celles ou ceux qui ont eu un intérêt particulier ou une anecdote lié à l’histoire.
C’était aussi, d’une part, l’occasion de dépoussiérer les “nobiliaires” traitant des familles fieffés de Provence, de présenter ces familles de Lambesc en illustrant leur domaine d’un cliché moderne ou plus ancien, d’un blason ou d’une devise, de portraits du XVIe siècle, de plans, etc.
C’était d’autre part une occasion pour les lecteurs de se réapproprier l’histoire méconnue de ces gens, de leur domaine et de les redécouvrir, après la lecture de cet ouvrage, au milieu du terroir, des rues de la ville, des hôtels particuliers que nos ancêtres ont fréquentés en y laissant pour la plupart leur nom, et de voir les ultimes richesses présentes, conservées et sauvegardées au musée de Lambesc par les Amis du Vieux-Lambesc.

Ce livre rassemble une foule de détails généalogiques et historiques de premier plan ;

comment avez-vous pu rassembler tant d’informations ? 

Je le dois avant-tout à mon ami, Pierre Gazanhes, conservateur du musée des Amis du Vieux-Lambesc et aux généalogistes passionnés œuvrant au quotidien sur Internet (à travers le dépouillement de minutes notariales et de registres paroissiaux) afin d’alimenter leurs propres recherches, celles des autres, en créant des banques de données gratuites, parfois par filiation, et intelligemment sourcées.
Aussi, elles résultent d’un recoupement de nombreuses sources historiques, généalogiques et des nombreux inventaires effectués par nos prédécesseurs (comme Blancard) et par mes contemporains, pour ne citer qu’eux, à titre d’exemple : F. Barby, J. Bolander, J.-L. Soler, S. Avy, C. Ordinis, J. Gallian, A. Servel, M. Portalis, etc.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?
Oui. J’achève un deuxième volume sur Saint-Cannat avec l’aide et le soutien de mon ami J.-C. Klein, conservateur du musée Suffren et d’Anette Baldaccioni, présidente des Amis du Vieux Saint-Cannat.
De plus, en hommage à mes ancêtres de la maison des Baux, je commence à revoir mes classiques en généalogie à travers les travaux et les ouvrages de Noblemaire et de Paulet traitant de l’histoire de la maison des Baux.
Je publierai à partir de 2014 deux tomes sur “La Vallée des Baux”. Toujours sur le même thème, le premier traitera des familles baussenques régnantes entre le Xe et le XVIe siècles et le second volume sera consacré aux familles des seigneurs (suzerains et vassaux) intéressant toujours Les Baux, mais aussi Le Paradou, Maussane et Mouriès pour les XVIe-XIXe siècles à travers leurs fiefs et leurs domaines.

Alexandre-Dumont-Castells, nous vous remercions et c’est avec plaisir que nous découvrirons votre nouveau titre : Lambesc (XVIe-XIXe siècles), son terroir, ses domaines et ses gentilshommes, aux éditions GénéProvence.

Entretien réalisé en avril 2013.
© Jean Marie Desbois, 2013.